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mercredi, 30 mars 2011

Alcool : liens entre votre dépendance (addiction) et vos problèmes de santé

Connaissez-vous le paradoxe préventif ?

La mise en évidence du lien entre l’intoxication et les problèmes de santé et de bien-être, amorcée par le développement du paradoxe préventif par Kreitman (1986), constitue un virage important tant pour la recherche que pour les actions préventives.

Le paradoxe préventif part du constat suivant : bien que la prévalence des problèmes associés à la consommation d’alcool soit nettement plus élevée chez les grands buveurs ou chez les buveurs dépendants, le plus grand nombre des problèmes (relations sociales, santé, bonheur, vie familiale et mariage, travail, études, situation financière) surviennent chez des buveurs modérés.

Pourquoi ? Ce paradoxe vient simplement du fait que les grands buveurs constituent une faible proportion de l’ensemble des buveurs.  Dès lors, bien qu’individuellement les grands buveurs présentent un plus grand risque que les buveurs modérés, collectivement la situation est inversée. Les buveurs modérés représentent donc un problème de santé publique plus important que les grands buveurs.

Ainsi, en 1989, 7% des Canadiens ont rapporté avoir consommé 14 verres ou plus au cours de la semaine précédant l’enquête.

Parmi ces buveurs, 32% ont rapporté avoir connu des problèmes au cours de l’année précédant l’enquête à cause de leur consommation, ce qui représente 20% de l’ensemble des buveurs ayant rapporté des problèmes.

À l’autre extrême, les buveurs qui n’ont pas consommé au cours de la semaine précédant l’enquête représentent 47% de l’ensemble des buveurs.

Toutefois, malgré que seulement 8% de ces buveurs modérés rapportent avoir connu des problèmes associés à leur consommation, à cause de leur nombre important parmi l’ensemble des buveurs, ces buveurs modérés représentent 31% de l’ensemble des buveurs rapportant des problèmes.

En mettant en évidence ce paradoxe préventif, Kreitman a attiré l’attention sur le fait que tous les buveurs sont susceptibles de rencontrer des problèmes à cause de leur consommation. Pour réduire ces problèmes au niveau populationnel, il ne suffit pas d’agir sur les gros buveurs, puisque une proportion importante des problèmes surviennent chez des buveurs modérés.

Le paradoxe préventif  a cependant été très controversé.  Les principales critiques ont été à l’effet que, dans sa démonstration empirique, Kreitman ne tient compte ni du fait que les gros buveurs sont susceptibles de connaître des problèmes plus sévères et en plus grand nombre, ni de la nature des problèmes, ou du profil de consommation des buveurs modérés (Sinclair & Sillanaukee, 1993; Skog, 1996; Stockwell et al., 1996, 1997).

Or, le paradoxe préventif ne s’appliquerait pas à tous les types de problèmes ou de consommation, mais essentiellement aux problèmes causés par l’intoxication ou par une grande consommation dans une occasion donnée, tels les suicides, les accidents ou la violence (Skog, 1996; Stockwell et al., 1996, 1997).

En somme, le paradoxe préventif s’expliquerait essentiellement par le fait que les buveurs modérés sont également sujets à s’intoxiquer à l’occasion.

En effet, comme l’expose Skog :

«Les individus ayant une faible consommation annuelle s’intoxiquent occasionnellement et, de ce fait, courent un certain risque.  Les plus gros buveurs s’intoxiquent plus fréquemment, simplement parce qu’ils boivent plus souvent, et leur risque va excéder celui des buveurs occasionnels par un facteur correspondant à la différence dans la fréquence d’intoxication…  Il apparaît enfin que le plus grand nombre des problèmes reliés à l’intoxication se trouve, non pas chez les grands buveurs, mais bien chez les buveurs modérés, puisque que c’est parmi ces derniers que l’on compte le plus grand nombre d’épisodes d’intoxication (traduction libre, Skog, 1996; pp.8-9).»

Ainsi, si l’on considère l’ensemble des épisodes d’intoxication rapportés par les buveurs québécois, on constate que 71% de ces épisodes ont été rapportés par des buveurs modérés, c’est-à dire qui consomment habituellement 14 consommations ou moins par semaine.

En fait, le paradoxe préventif, selon lequel même des buveurs modérés peuvent avoir des problèmes associés à la consommation d’alcool, disparaît lorsque l’on examine l’association entre les problèmes et la consommation d’alcool le jour où ces problèmes sont survenus.

Stockwell et al. (1996), dans une étude auprès de la population adulte australienne, constatent en effet que la consommation le jour où les problèmes sont survenus excède six consommations pour les hommes et quatre pour les femmes, dans 87% des cas, ce qui confirme que l’intoxication est un enjeu majeur en matière de santé publique, qui concerne tout un chacun.

 

Sources : Kreitman (1986), Sinclair & Sillanaukee (1993), Skog (1996), Stockwell et al. (1996, 1997)

 

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